CONVERSATIONS AVEC JEAN-PIERRE SOISSON

CONVERSATIONS AVEC JEAN-PIERRE SOISSON

Biographies, carnet de route, réflexions ... Paul Bert est au coeur des débats politiques actuels sur l'instruction publique, la morale à l'école et surtout la laïcité ...

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Wednesday 2 July 2008

Mardi, l'Europe à l'Assemblée nationale

A l’occasion du début de la présidence française de l’Union européenne, le groupe de l’UMP a accueilli à l’Assemblée les représentants des 26 autres pays de l’Union.
 
Atmosphère très libre, discussion sans langue de bois, les positions des uns et des autres ont été débattues. Nous avons tous déploré la fracture entre les populations et les dirigeants de Bruxelles. Certains ont même estimé qu’il ne fallait plus recourir au référendum, jugé « trop dangereux ». Les Tchèques et les Polonais ont expliqué les difficultés qui s’opposent chez eux à la ratification du traité de Lisbonne, notamment en raison des positions personnelles de leurs présidents. Or, les Tchèques vont assumer après la France, le 1er janvier 2009, la présidence de l’Union.
 
Tous, nous avons souhaité que l’Europe puisse fonctionner autrement et que la présidence française soit l’occasion d’une nouvelle donne consacrée pour l’essentiel à la solution de problèmes concrets : la limitation de l’immigration, la lutte contre le réchauffement climatique, la mise en œuvre d’une politique commune de l’énergie, la réforme de la politique agricole commune.

Comment limiter la hausse du prix de l’essence et abaisser pour ce faire la fiscalité sur les carburants ? Les pays de l’Est et, dans une certaine mesure, l’Allemagne refusent l’abaissement de la TVA souhaité par Nicolas Sarkozy : « Nous n’avons pas de politique commune envers la Russie, les pays du Moyen-Orient, les pays du Maghreb. Vous, Français, vous traitez avec ces différents pays de façon bilatérale ». S’agissant du nucléaire, l’Allemagne et l’Autriche le refuse. La Bulgarie dépend à 100% de la Russie : elle souhaite être davantage protégée.
 
S’agissant de l’Union de la Méditerranée, l’Allemagne, la Pologne, la République Tchèque, souhaitent une union pour la Méditerranée et non pas une union de la Méditerranée : « Ne changeons pas de politique : nous intéresse l’Union de l’Europe et non pas celle de la Méditerranée … »
 
Pour la politique agricole commune, tous sont inquiets des négociations conduites dans la cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce. Pour les Polonais, la PAC est essentielle : sans elle, l’Union européenne ne présente plus aucun intérêt.
 
Nos partenaires veulent-ils une politique européenne de la défense ? La Finlande, la Grande-Bretagne, les pays de l’Europe de l’Est ont marqué leur attachement à l’OTAN. Ils font confiance aux Etats-Unis, ils ne font pas confiance à la France et à l’Europe pour assurer leur défense. Au terme de cette rencontre, ma conclusion est claire : il ne peut y avoir de défense européenne qui ne s’appuie pas sur l’OTAN et sur une étroite collaboration avec les Etats-Unis. L’Irlande, par exemple, ne veut pas de politique européenne de défense, ne veut pas d’une politique sociale, a peur qu’on lui impose une libéralisation de l’avortement…
 
Mardi matin, avec nos partenaires du Parti populaire européen, à l’initiative de Jean-François Copé, le président du groupe UMP, nous avons créé le « Club des 27 », qui rassemblera les élus de droite et de centre droit de l’ensemble des pays de l’Union européenne. Des rencontres régulières auront désormais lieu entre nous, afin de peser directement sur les décisions de Bruxelles, avant même que celles-ci soient prises.

Thursday 19 June 2008

L'EUROPE AUTREMENT

Quelles leçons tirer du scrutin irlandais ? J’ai la conviction que, si les Français avaient été consultés par référendum, ils auraient voté comme les Irlandais. Contre une gestion technocratique des dossiers trop éloignée de leurs préoccupations. Contre une commission brouillonne et souvent incompétente : le commissaire Irlandais a indiqué, durant la campagne référendaire, qu’il n’avait pas lu le traité de Lisbonne – qu’il était censé défendre ! Il devait donner sa démission. De même, le président de la Commission aurait du faire le geste de présenter la sienne. Elle n’aurait pas été acceptée, mais haec est mea culpa : cela aurait été un bonheur de l’entendre !
 
Les dirigeants européens – du Conseil comme de la Commission – ne savent plus s’exprimer de façon intelligible : le désaccord entre eux et la population est désormais flagrant. Les directives de Bruxelles sont illisibles, souvent inappropriées, laissant de côté l’essentiel - du moins, ce que les peuples jugent comme tel.
 
Le groupe UMP de l’Assemblée nationale, par la voix de son président Jean-François Copé, a demandé à participer à l’élaboration en amont des règles communautaires, avec la possibilité de refuser certains projets et de peser sur les orientations et la rédaction de directives qui lui paraîtraient répondre davantage à l’attente des citoyens. Combien de référendums faudra-t-il encore perdre pour comprendre le décalage « abyssal » qui existe désormais entre l’Europe que nous voulons et sa perception par les citoyens ?
 
Nous avons le devoir de poursuivre autrement la construction européenne. Une renégociation du traité à 27 est inenvisageable et, à 26, elle apparaîtrait comme une parodie de démocratie. La voie institutionnelle, que nous nous sommes usés à frayer, est condamnée : un nouveau traité ne verra pas le jour.
 
Cependant, nous ne sommes pas voués à l’inaction. Nicolas Sarkozy n’est jamais meilleur que lorsqu’il affronte la difficulté. Assurant la présidence de l’Union, il doit affirmer une volonté commune autour de quelques priorités : relevé le défi climatique, définir une stratégie de l’énergie, contrôler l’immigration, - bref, faire de l’Union, selon l’expression de Hubert Védrine, « un pôle régulateur de la mondialisation ».
 
Il nous faut retrouver l’ardeur des bâtisseurs des premiers jours, mais autrement, montrer aux peuples d’Europe que l’Union peut encore servir. C’est la vieille interrogation de Macbeth : « Etes-vous quelque chose que quelqu’un puisse interroger ? » S’offre à Nicolas Sarkozy une chance d’éviter la dislocation de l’Union et le retour en force des conservatismes de toute nature.

La réforme des Armées

La réforme des armées est nécessaire. Elle a été présentée par le Président de la République sur la base d'un libre blanc.

J'ai participé à la réflexion comme membre de la commission de la défense avec cette évidence qui s'impose à tous, y compris aux parlementaires de la majorité : la politique de la défense ne peut être réduite à une politique d'aménagement du territoire. Si nous voulons une défense moderne, adaptée au temps présent, les décisions qui sont prises - ou qui vont l'être - ne doivent répondre qu'à cette logique.

Wednesday 28 May 2008

La réforme des institutions

  
L’Assemblée nationale poursuit cette semaine le débat engagé la semaine dernière sur la réforme de la Constitution. Après avoir participé lundi à Dijon à la commission permanente du Conseil régional, je suis intervenu à Paris dans la soirée à l’Assemblée sur l’article 9 du projet de loi concernant l’extension des pouvoirs du Parlement.
 
C’est le point fort de la réforme. Dès lors que les réformes constitutionnelles précédentes et la pratique ont renforcé les pouvoirs du président de la République, il est devenu nécessaire d’accroître ceux du Parlement.
 
Michel Debré a défini les structures des institutions de 1958 en une phrase: « un chef de l’Etat et un Parlement séparés encadrant un gouvernement issu du premier et responsable devant le second ».
 
Il nous faut donc développer les pouvoirs de l’Assemblée nationale : celle-ci doit non seulement voter la loi, contrôler le Gouvernement, mais aussi évaluer les politiques publiques.
 
Sur le plan politique, la réforme de la Constitution devra être adoptée par le Congrès à la majorité des trois cinquièmes. Elle doit donc être approuvée par des députés socialistes. Pour les conduire à la voter, nous devons adopter un certain nombre de leurs propositions.
 
J’ai ainsi voté l’amendement d’Arnaud Montebourg tendant à interdire le cumul entre une fonction ministérielle et un mandat de maire d’une commune de plus de 20 000 habitants, de président de Conseil régional ou de Conseil général.
 
Les débats se déroulent dans un esprit de dialogue : ils sont le plus souvent d’une grande tenue intellectuelle. J’espère que l’Assemblée parviendra à voter un texte qui réponde aux besoins d’une démocratie moderne.
 

Wednesday 30 April 2008

Le dialogue social avant la loi

Tout ne va pas si mal ! Le Parlement a adopté hier le projet de loi sur la modernisation du marché du travail, élaboré à la suite d’un accord conclu entre les partenaires sociaux, syndicats salariés et syndicats patronaux. Il prend en compte, dans une séparation à l’amiable, à la fois les contraintes des entreprises et les besoins légitimes des salariés.
 
Depuis un an, le dialogue social a retrouvé sa vitalité dans notre pays. C’est une victoire d’avoir réussi ce tournant dans notre vie sociale. Comme l’a indiqué le rapporteur : « puissions-nous sortir du cycle si paralysant qui fait se succéder évolutions, protestations, réformes et mouvements sociaux ».
 
Le Gouvernement, les partenaires sociaux, le Parlement, ensemble ont ainsi façonné un nouvel équilibre entre flexibilité et sécurité. L’instauration d’une « flexicurité » à la française trouve enfin sa première manifestation concrète.
 
Les socialistes se sont abstenus. Les communistes ont voté contre le texte, désapprouvant la méthode qui consiste à transcrire « à la virgule près » un accord qui découle du dialogue social, au motif « qu’une telle restriction des prérogatives des députés est inacceptable ».
 
Pourtant, les partenaires sociaux ont fait la preuve qu’ils étaient capables de trouver eux-mêmes les solutions les mieux adaptées aux problèmes qui les concernent au premier chef. Les réformes les plus durables et les plus efficaces sont celles qui jouissent de la plus grande légitimité. A la légitimité des partenaires sociaux, initiateurs de l’accord, s’est ajoutée la légitimité de la représentation nationale.
 
Les députés ont apporté un démenti à la CGT qui pensait que le texte sortirait du Parlement taillé en pièces et dénaturé. Il n’en a rien été.
 
Cette procédure – prévue par la loi du 31 janvier 2007 qui renvoie tout texte de nature sociale à la négociation préalable des partenaires sociaux – trouvera à nouveau son application lorsque viendra la réforme sur la représentativité syndicale.

Friday 25 April 2008

Humble et responsable

Nicolas SARKOZY est apparu, hier, humble et responsable. Il a reconnu avoir commis des erreurs. Il est désormais à l’écoute des Français.
 
« Les Français sont déconcertés. J’en ai une part de responsabilité. »

Il y a de la grandeur dans cette nouvelle attitude. Nous devons espérer que l’acte II de la présidence qui s’est ouvert hier, soit plus prometteur.
 
Le Président a refusé d’évoquer sa vie privée : elle le concerne seul. C’est son action publique que les Français devront juger. Il s’est montré sévère aussi à l’égard des dysfonctionnements du Gouvernement. Il a pardonné aux jeunes ministres leur incompétence, mais demain il sera moins tolérant.
Enfin, il a affirmé que l’idée d’une réélection en 2012 était « très éloignée de ses préoccupations ». J’ai trouvé cette analyse de la situation très personnelle et très convaincante.
 
Le choc de confiance qu’il attendait ne s’est pas produit en raison de l’augmentation du prix du pétrole, de la hausse des matières premières, de la crise financière internationale. Aucune nation n’est assurée de jouer en première division. Si la France ne consent pas aux efforts nécessaires, la relégation peut demain l’atteindre.
 
Il a reconnu la gravité de la situation internationale qu’il avait sous-estimée lors de son élection. Il a adopté une posture présidentielle pour évoquer les relations avec la Chine, la présence de la France en Afghanistan, l’opposition à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne.
 
Sur les réformes, il persiste et il signe. Il accepte l’impopularité, il ne renonce pas à la mise en œuvre de son programme. Bien au contraire.
Qu’il s’agisse de l’immigration choisie et non subie, de la réforme de l’Education nationale où la qualité doit primer sur la quantité, de la réforme des retraites et de l’assurance chômage, de la mise en place du revenu de solidarité active, enfin du respect des conclusions du Grenelle de l’Environnement, le Président maintient le cap.

Wednesday 23 April 2008

La rude année de Nicolas Sarkozy - Par Jean D'Ormesson dans le Figaro du jour - Extraits ....

 

Lisez le Figaro, sur papier ou en ligne. L'article de Jean D'ormesson est remarquable. En voici quelques extraits :

Après quatre années d'ascension sans une faute, trois séries d'évènements ont contribué à un retournement digne d'une tragédie grecque... Nicolas Sarkozy est responsable des deux premières, la troisième est à sa décharge.

1 - La vie privée, le style... Tout ce qui a été ramassé sous l'étiquette meurtrière de "bling-bling"... Dans le domaine privé au moins, la modernisation n'a pas marché... Chez ce réformateur plus intelligent que les autres, il n'y avait pas assez de cassoulet, d'hypocrisie ... de culture traditionnelle. Au sommet du pouvoir, il est risqué de vouloir être heureux de le faire savoir.
2 - Les ratés incompréhensibles de la machine du Gouvernement. .. Le souvenir des enfants juifs, les OGM, les sectes, la villa Médicis, les querelles subalternes au sein de l'exécutif. Les allers et retours et le rattrapage permanent de gaffes de débutant...

3 - Le président n'a pas de chance... la crise financière, le prix du pétrole, la récession en Amérique, la baisse du taux de croissance, le dollar trop bas et l'euro trop élevé. Tout ce qui échappe au pouvoir de l'Etat et s'impose à lui du dehors. Réformer est toujours difficile, surtout en France. Réformer dans un contexte économique défavorable est une tâche infernale...

Dans cette triple tempête existentielle, politique, économique, les esprits se déchaînent. On dirait qu'ils se vengent, après coup, auprès du président qu'ils ont élu de leur soutien massif au candidat triomphant. Au taux de participation record et à la majorité substancielle succèdent les abîmes de l'impopularité...

Cette tempête-ci est violente. Tout ce que Sarkozy a réussi est compté pour presque rien. Le chômage a baissé, mais tout le monde maintenant semble s'en soucier comme d'une guigne. L'Europe est remise modestement sur les rails, mais personne n'en parle plus...

Il reste quatre ans sur cinq pour renverser la vapeur. La chance de Sarkozy est que la crise est arrivée trop tôt... Il aurait dû, dès le début, promettre de la sueur et des larmes au lieu de promettre aux autres comme à lui-même du bonheur plein la vie... Il faut maintenant poursuivre les réformes à la fois dans la crise mondiale et l'impopularité nationale... C'est le prix à payer pour une place dans l'histoire.

Monday 21 April 2008

La réforme pour les autres

L’air à la mode, c’est la réforme. Comment faire la réforme ? Quelle réforme choisir ? Chacun y va de son couplet, sans naturellement trouver de solution.
 
Mais chacun veut aussi et d’abord préserver ses intérêts. En France, c’est bien connu, la réforme, c’est pour les autres, c’est pour la nation. La nation devient une notion commode pour éviter le couperet de décisions qui vous seraient néfastes.
 
Dans ces conditions, comme le Général de Gaulle le disait de l’Orient, je crois qu’il faut revenir à des idées simples.
 
La Vème république est une monarchie républicaine. Le président de la République est l’homme en charge de l’essentiel. Il gouverne. Et il gouverne selon son tempérament et selon aussi le programme qu’il a proposé aux Français.
 
Ces derniers ont beaucoup aimé le candidat Sarkozy - moins le président quand il veut mettre son programme en application. Pourtant, le temps des réformes est venu, même si elles doivent déplaire.
 
Il faut passer aux actes, poursuivre et achever la réforme des retraites, adapter le droit du travail en le simplifiant et en le libéralisant, conduire la réforme des hôpitaux, tout cela dans un contexte général de réduction des dépenses. La France vit au-dessus de ses moyens.
 
Heureusement, l’Europe existe pour nous rappeler au respect des règles communautaires. Nous ne pouvons pas prendre la présidence de l’Union et nous comporter comme si celle-ci n’existait pas. Nous ne pouvons demain diriger l’Europe et ne pas nous appliquer à nous mêmes les règles que nous voudrions imposer aux autres. Il faut donc réduire les dépenses, celle de l’Etat, celles des collectivités locales, celles de la sécurité sociale. Jacques Attali, même en allant un peu loin, a montré la voie juste. Il faudra un jour revoir la répartition des compétences entre les régions et les départements et sans doute supprimer un échelon d’intervention. Il faudra réduire les dépenses militaires et les rendre plus efficaces afin de maintenir notre dispositif d’intervention à l’étranger. Ce sera donc la fin des délégations militaires départementales qui ne servent à rien. Bien évidemment, il faut réduire le nombre des enseignants. Quand le nombre d’élèves diminuent, ce n’est pas le moment d’accroitre, par je ne sais quel jeu de vases communicants, celui des enseignants. Tout cela fera mal. Très mal. Mais je souhaite que cela se fasse. Que Nicolas Sarkozy aille au bout de son chemin. Celui de la réforme qu’il a proposée aux Français, qu’ils ont acceptée et que le pays attend.

Friday 18 April 2008

J'ai bien connu Aimé Césaire

J'ai eu l'honneur de siéger à ses cotés à l'Assemblée nationale, puis de le retrouver souvent à Fort de France, comme délégué de l'UDF à l'Outre Mer.

Dans ses dernières années, quand il venait à Paris, Césaire travaillait à la bibliothèque de l'Assemblée nationale. Il s'installait à la table que j'occupe habituellement, il me conseillait et m'aidait dans mes recherches. Je revois encore son beau sourire. Je garde précieusement ses livres, qu'il m'a dédicacés : "à mon jeune ami".

Toute ma vie, je me rappellerai l'entretien qu'il eut avec Raymond Barre à la mairie de Fort de France avant l'élection présidentielles de 1988. Barre et lui s'étaient définis comme deux "iliens" : ils développaient l'idée que les cultures de la Martinique et de la Réunion étaient marquées par le fait essentiel qu'elles concernaient deux iles. L'un et l'autre étaient ouverts sur l'extérieur, sur la mer, sur la diversité culturelle. Soudain, à les écouter -parfois en latin-, la politique française n'avait plus grand sens : ils abordaient les rivages d'une culture humaniste, universelle, faite de dépassement de soi et d'ouverture sur les autres.

De leur entretien à Fort de France, de nos discussions à la bibliothèque de l'Assemblée, me remonte à la mémoire le souvenir d'un homme rayonnant. Un seigneur de l'esprit.

Wednesday 9 April 2008

HOLLANDE OU LA CONFESSION DE TARTUFFE

Mardi à l’Assemblée nationale, point d’orgue de la semaine : les groupes socialistes et communistes ont déposé une motion de censure sur la question afghane.
 
François Hollande, à la tribune, s’élève contre l’envoi de nouvelles troupes en Afghanistan et regrette l’absence d’un vote du Parlement autorisant une telle opération. Il dénonce une « dérive atlantiste » qui conduirait la France à se rapprocher de plus en plus des Etats-Unis. François Fillon lui répond en rappelant que ce fut Lionel Jospin qui, en 2001, prit la décision d’envoyer les premières troupes françaises en Afghanistan. Cette décision n’avait donné lieu à aucun vote. De même, lorsque nous sommes intervenus au Kosovo en mars 1999, Lionel Jospin annonça à l’Assemblée la participation de nos armées à l’opération menée par l’OTAN contre la Serbie, alors que la guerre était déjà engagée.
 
Et François Fillon de citer François Mitterrand qui fut, lui aussi, accusé d’atlantisme lorsqu’il approuva l’installation en Europe de fusées américaines Pershing. C’était en 1983 : « On m’a accusé de soumission aux desseins de M. Reagan. L’atlantisme comme péché. Voilà Tartuffe qui se confesse ! ».
 
Nous souhaitons créer une Europe de la défense, en liaison avec les Etats-Unis, car telle est la volonté de nos alliés européens. « La France est un ami debout, un allié indépendant, un partenaire libre. » Ce sont les mots employés par Nicolas Sarkozy lors de son intervention devant le Congrès des Etats-Unis en novembre dernier. Les présidents de la Ve République n’ont jamais transigé sur cette donnée de base de la politique française.
 
Le vrai problème posé par le débat sur la motion de censure cette semaine à l’Assemblée nationale est celui des moyens que se donne la France pour demeurer une puissance mondiale. Avons-nous toujours l’ambition de jouer un rôle de premier plan dans le monde ? Et quels moyens entendons-nous consacrer à une telle mission ?
 

Wednesday 2 April 2008

Le dialogue social prime la loi

A l’Assemblée nationale, mercredi dernier, s’est tenue une réunion passionnante entre les députés du groupe UMP et les partenaires sociaux – syndicats ouvriers et patronaux.
 
Ces derniers sont venus commenter l’accord sur la modernisation du contrat de travail qu’ils ont signé. Ils nous ont demandé de le transcrire dans la loi, « à la virgule près » a précisé le représentant de la CFDT.
 
C’est une véritable rupture dans l’histoire des relations du travail : désormais, le contrat prime la loi. Désormais, les partenaires sociaux recherchent un accord et, ensuite seulement, le Parlement intègre l’accord dans la législation.
 
Cette règle était déjà appliquée dans la plupart des pays européens. En France, jusque là, beaucoup trop a été demandé à la loi : ainsi, Martine Aubry a institué les 35 heures, en demandant à sa majorité socialiste et communiste de voter un projet de loi, sans passer par la phase nécessaire du dialogue social.
 
Le contrat doit primer la loi. C’est la conséquence de la loi que nous avons votée lors de la dernière législature en janvier 2007 et qui marque un véritable tournant. Il faut accepter de réserver le temps, de ne pas brusquer, de traiter les sujets les uns après les autres, et de permettre aux partenaires sociaux de trouver un accord avant toute discussion législative.
 
C’est ce que nous avons décidé ensemble mercredi dernier. Certains députés s’estimeront sans doute frustrés de ne pouvoir présenter tous les amendements qu’ils souhaiteraient.
 
Mais telle est la loi des avancées sociales. La nouvelle loi que nous voterons reprend un sujet essentiel : l’évolution du contrat de travail et la création d’une nouvelle modalité de rupture du contrat par voie conventionnelle.

Wednesday 26 March 2008

Faut-il boycotter les jeux de Pékin ?

La question a été longuement évoquée à l’Assemblée nationale mardi dernier lors de la séance des questions au Gouvernement.

 

Au nom de l’UMP, Lionnel Luca, qui préside à l’Assemblée le groupe Tibet, a témoigné de notre « soutien au peuple tibétain, victime d’une répression impitoyable ». Dans sa réponse, Bernard Kouchner a rappelé la position de la France de défense des droits de l’homme. Il a évoqué « nos amis chinois » : le peuple chinois peut être notre ami, le gouvernement chinois, non !

 

Pour ma part, je ne suis pas favorable au boycott, du moins au boycott par les sportifs. Comme ministre de la Jeunesse et des Sports, j’ai vécu la crise des jeux olympiques de Moscou en 1980. L’Union soviétique avait envahi l’Afghanistan en décembre 1979 et les Etats-Unis avaient alors décidé le boycott des Jeux. Quelle fut la position de la France ? Laisser le mouvement sportif, dans le cadre de l’autonomie que je lui avais reconnue, libre de sa décision. C’est à Auxerre, à l’Hôtel Ribière, au printemps 1980, que le Comité national olympique, réuni sous la présidence de Claude Collard, a décidé de participer aux Jeux de Moscou.

 

Mais, séparant le plan sportif et le plan politique, je ne suis pas allé à Moscou et aucun représentant du Gouvernement français n’a participé à la cérémonie d’ouverture. Cette solution pourrait à nouveau prévaloir pour les Jeux de Pékin. Nicolas Sarkozy s’est dit prêt à faciliter le dialogue entre la Chine et le chef spirituel des Tibétains, tout en déclarant que toutes les options étaient ouvertes, y compris un boycott de la cérémonie d’ouverture.

 

Puisque le Gouvernement chinois hausse le ton en accusant les médias de déformer la réalité au Tibet et en fustigeant les pays qui accepteront de recevoir le Dalaï Lama, puisque le porte-parole du ministre chinois des Affaires étrangères a fait cette déclaration - invraisemblable et inacceptable : « Nous devons nous en tenir à l’esprit olympique et ne pas politiser les Jeux », il me parait utile de rappeler le précédent de 1980 : les athlètes oui, les politiques non !

 

                                                                  Jean-Pierre Soisson

PAUL BERT EST EN LIBRAIRIE

Dans le dernier numéro de Paris Match, Valérie TRIERWEILER consacre deux pages passionnantes sur "Dieu au bûcher" et "La République face aux religions". Elle présente un portrait de Jules Ferry, "inventeur de l'école gratuite et laïque". Cela ne correspond pas à la réalité. L'inventeur et le théoricien des grandes lois laïques n'est pas Jules Ferry mais Paul Bert. Les lois portent le nom du ministre qui les a présentées au Parlement et, pour l'histoire, ce sont les lois Ferry. Mais c'est Paul Bert l'inspirateur, c'est Paul Bert qui a inventé le concept de laïcité.

Dans la biographie que je lui consacre aux Editions de Bourgogne, et qui vient de sortir en librairie, je remonte aux sources de la République afin de connaître les conditions dans lesquelles la laïcité s'est imposée dans nos écoles.

Tuesday 25 March 2008

Biographie de Paul Bert, chapitre VIII : L'instruction civique à l'école

Voici en intégralité le chapitre 8 de la biographie de Paul Bert signée Jean-Pierre Soisson, disponible à partir d'aujourd'hui dans les librairies.

 

VIII


L’INSTRUCTION CIVIQUE A L’ECOLE

 

Les élections de 1881 donnent une nette majorité aux Républicains. Le groupe de l’Union républicaine, auquel appartient Paul Bert et que préside Gambetta, comprend 204 députés dans la nouvelle Chambre ; celui de la Gauche républicaine de Jules Ferry, 168 seulement. Mais le Président Grévy n’aime pas Gambetta et maintient Ferry aux affaires. Pour quelques semaines seulement ! Paul Bert voit s’approcher le temps du gouvernement.

A peine réélu député d’Auxerre, il rédige l’avant-propos du manuel qu’il destine aux écoles sous forme de « causeries du maître avec  ses élèves ». Il le date du 26 août 1881 : le vendredi qui suit son élection.

Il ne cesse d’écrire, de présider des manifestations. Deux manuels, qu’il signe et qui sont presque entièrement de sa main, vont paraître en même temps : L’instruction civique à l’école et un Cours élémentaire de sciences physiques et naturelles. Succès prodigieux ! L’instruction civique à l’école connaît sept éditions pour la seule année 1882. Paul Bert se limite à l’instruction civique, car son ami Burdeau publie un manuel d’éducation morale chez le même éditeur. Paul Bert écrit encore, sous le nom de sa mère, Henriette Massy, des Notions de morale et d’éducation civique à l’usage des jeunes filles .

Dans son avant-propos d’août 1881, il reprend son rapport de décembre 1879 sur la réforme de l’enseignement primaire. C’est le document qu’il a le plus travaillé, auquel il se réfère sans cesse et qui définit le mieux sa pensée. Pour lui, trois principes fondent l’école de la République : l’obligation, la gratuité et la laïcité.

Cette école doit d’abord « former des hommes et des femmes dont l’âme, fortement trempée, ne subordonne pas l’idée de la morale aux croyances religieuses ».  Elle doit ensuite former des citoyens.

Or, ajoute Paul Bert, c’est ce qu’on a complètement oublié dans notre système actuel d’enseignement.

Pour lui, l’instruction civique, ne peut se limiter pas à l’étude de la Constitution, de l’organisation administrative, politique, financière, militaire, de notre « société démocratique et laïque ». Elle doit être bien plus encore. Les conquêtes de la Révolution française doivent être enseignées à l’enfant avec respect et avec reconnaissance : la souveraineté et l’indivisibilité de la nation, l’égalité devant la loi, le respect de la liberté individuelle, l’égale participation aux charges sociales, l’égale accession aux emplois publics, le suffrage universel, le vote libre de l’impôt et, par dessus tout peut-être, la liberté de conscience.

Tous les mots portent : en ce début du XXIe siècle, chaque ministre de l’Education nationale devrait reprendre à son compte cette idée majeure : donner à l’instruction civique une place de premier rang dans les programmes,

« Une nation, écrit Paul Bert, n’est pas une simple juxtaposition d’individus reliés par des intérêts matériels et des lois de police, mais une individualité collective ayant ses raisons d’existence et ses principes de vie », il lui appartient, comme droit et comme devoir, de veiller à ce que les citoyens soient élevés avec la connaissance et dans le respect de ces principes mêmes ; sans quoi l’éducation publique ne serait qu’une préparation de l’anarchie.

On peut dire qu’à toutes les époques, toutes les nations ont ainsi compris leur rôle : « il est grand temps que la France le comprenne à son tour. »

Le maître s’adresse à ses élèves ; il doit leur expliquer très simplement « comment les choses se passent » afin que, devenus majeurs, ils soient des citoyens et non des aveugles. Si les citoyens ne savent pas ce qu’ils font, la souveraineté du peuple est une tromperie. Paul Bert va plus loin encore, préconisant le vote obligatoire : dans une démocratie, on n’est pas libre de ne pas voter. « Le citoyen qui n’exerce pas son droit de vote est un mauvais citoyen, et mériterait qu’on le lui enlève ».

Former de bons citoyens, des citoyens complets, c’est la mission qu’il assigne à l’école. Paul Bert se tourne vers les maîtres, dont il magnifie le rôle : « la grande Convention vous a donné le beau nom d’Instituteurs, de fondateurs des institutions mêmes de la nation ». L’école républicaine a besoin des instituteurs, elle doit se préoccuper de leur situation matérielle comme le fit Lakanal sous la Révolution - d’abord, améliorer leur rémunération.

C’est le sens du discours que Paul Bert prononce à Paris le 18 septembre 1881 à l’issue du banquet que lui offrent les instituteurs de France, rassemblés pour lui rendre hommage. Il scelle l’entente, nécessaire au bon fonctionnement des institutions, entre le futur ministre de l’Instruction publique et ces citoyens d’élite, qu’il appelle à construire l’école de la République.

Devant eux, Paul Bert expose la réforme qu’il entend conduire, présente son livre d’instruction civique et termine son intervention, comme son manuel : « Avant de nous séparer, crions tous : Vive la République ! »   Quelle foi ! Les Républicains de la IIIe République n’étaient pas des tièdes. Ils avaient confiance en l’avenir, ils croyaient au progrès, en leur mission d’émancipation du peuple.

Dans le manuel de Paul Bert, le maître s’adresse à ses élèves : « Tout ce que je vous ai enseigné, ce que je vous ai appris à aimer, c’est la Révolution qui l’a fait ». Nous lui devons le culte de la patrie, nous lui devons l’unité de la nation, nous lui devons les droits et les devoirs des citoyens, nous lui devons la souveraineté du peuple, nous lui devons l’administration régulière et honnête, nous lui devons le vote de l’impôt par les citoyens, nous lui devons la liberté, l’égalité, la fraternité.  Et de conclure : « Que son nom soit béni ! »

Il y a un avant et un après la Révolution française : celle-ci tient dans l’histoire, pour les Républicains, la même place éminente que la résurrection du Christ pour les Chrétiens. La IIIe République marque l’arrivée du peuple français dans la Terre promise.

Paul Bert n’est pas l’homme du compromis et de la demi-mesure. Il dénonce l’Ancien régime, l’infamie des rois qui entretenaient une correspondance avec l’ennemi, les nobles qui pillaient impunément le paysan. L’Ancien régime, il l’abaisse, il le ridiculise pour mieux magnifier la Révolution française. Il nous appartient, déclare-t-il, à nous Républicains, de mettre en œuvre les principes de la Révolution, d’étendre ses conquêtes en France, mais aussi dans les parties du monde où s’exerce l’autorité de la République.

« Nous sommes en train d’accomplir à notre tour notre Révolution : Révolution prévue depuis longtemps, prédite par Lakanal, et qui n’est qu’une des phases attendues de la grande Révolution française ».

Faut-il citer Michelet, le père des historiens de la Révolution ? « Pour l’Europe, la France n’aura jamais qu’un seul nom, inexpiable, qui est son vrai nom : la Révolution ». Il y a chez les Républicains la vieille idée, développée par Claude Nicolet, que les principes de la Révolution française ont valeur universelle. Les Républicains agissent pour tous les peuples : ce qu’ils défendent, c’est la cause de l’humanité. Cette perspective donne un souffle, une énergie sans pareille à l’action de Paul Bert. Elle permet d’unir dans un même combat la lutte pour la fondation d’une école libérée de la contrainte de l’Eglise à l’action qu’il entreprendra au Tonkin pour l’émancipation des peuples de l’ancienne Indochine.

Les Républicains – Paul Bert, Léon Gambetta, Jules Ferry, Charles de Freycinet – mettent l’histoire au service de l’instruction civique, la conçoivent comme l’exaltation de l’œuvre de la Révolution. Leur vision est idéologique. C’est Paul Bert, le premier, qui a défini le rôle de l’histoire dans l’instruction primaire : elle doit enseigner « au prix de quelles souffrances, à travers quelles péripéties sanglantes, a été constituée la nation, ont été récemment conquises la liberté civile et la liberté religieuse ».

L’identité nationale et l’identité républicaine sont toutes deux filles de la Révolution : elles ne sauraient s’opposer, elles se complètent. L’une vit de l’autre, et réciproquement. Dans une conférence au Havre en mars 1880, il précise sa pensée : « il faut commencer l’enseignement de l’histoire par le commencement ». Mais, très vite, à son habitude, il se laisse emporter :

« Dites à l’enfant qu’il y a quelques dizaines de siècles, sur le sol qu’il foule, se trouvaient des hommes, ses ancêtres, vivant dans les cavernes, se cachant dans les bois, armés d’un bâton d’abord, plus tard d’une pierre taillée … Ces hommes, nus, quasi sans défense, ont trouvé devant eux les animaux les plus redoutables ; ils ont eu à lutter contre l’éléphant, contre le rhinocéros, contre le tigre, contre le grand ours des cavernes ; ces animaux féroces, ils les ont vaincus et mangés les uns après les autres, eux qui se faisaient fort de les manger ».

Le scientifique s’efface devant l’homme politique : Paul Bert fait des éléphants et des rhinocéros des mangeurs d’hommes. Que diable ! Mais compte, seul, le développement qui conduit le narrateur à l’école de la République :

« L’âge d’or n’est pas en arrière, il est en avant ! Ce qui se dégagera alors de l’histoire, c’est le sentiment du progrès, le respect et l’amour de ceux qui ont tant combattu et tant souffert pour arriver à constituer ce capital de connaissances et de forces dont nous jouissons aujourd’hui ».

L’histoire de l’humanité est conçue comme un progrès linéaire, une marche de chaque peuple non vers une forme particulière de civilisation, mais vers la civilisation. Tous pourront un jour l’atteindre, mais ils mettront plus ou moins de temps. « Les distinctions entre les civilisations sont moins imputables à la nature qu’à l’histoire ».   Paul Bert partage avec les hommes du XIXe siècle la vision grandiose d’une ascension continue de l’humanité vers le bonheur, rythmée par les progrès de la raison.

Dans l’histoire, telle qu’il la raconte et la vit, il exalte le mythe de la race gauloise. Certes, la France résulte d’un brassage de peuples, mais le peuple français tire ses qualités de « cette merveilleuse race gauloise, qui emprunta à l’envahisseur germain sa ténacité, au conquérant latin l’amour de l’ordre, de la logique et de la clarté, et qui a su, dans ce mélange avec des peuples si divers, garder sa gaieté, sa vivacité, son intelligence, sa sincérité, sa délicatesse, sa loyauté, sa générosité.»

Pour Paul Bert, le Moyen Age se résume aux misères et aux oppressions d’une masse paysanne, ponctuées par quelques révoltes. Il évoque la longue nuit du Moyen Age, dans une conception  à l’opposé de celle des historiens modernes, de Georges Duby à Jacques Le Goff. Pas un instant, il n’évoque le renouveau monastique, la floraison des églises romanes. Bernard de Clairvaux n’appartient à son univers romanesque !

Il poursuit son chemin : pour lui, la Renaissance est luxuriante, mais rongée par les guerres de religion : c’est l’ère de l’oppression violente des consciences. La monarchie absolue des XVIIe et XVIIIe siècles n’est que despotisme. C’est cette image qu’il faut imprimer dans l’esprit de l’enfant : un despotisme qui brise les caractères, accumule les misères, conduit les nobles à devenir valets du roi.

Mais vient la Révolution et la nation se redresse. A évoquer la grande, la terrible Révolution, Paul Bert trouve sa force, puise l’énergie qui le pousse à aller toujours plus loin. Des trois principes de liberté, d’égalité et de fraternité, il retient comme apport essentiel la fraternité :

« C’est la plus belle des trois parties de la devise républicaine. C’est celle qu’il est le plus nécessaire de rappeler. Il n’y a pas de danger qu’on oublie l’égalité, ni la liberté. Chacun y a trop intérêt pour cela ; quand on y a goûté, on n’en veut pas démordre. Pour la fraternité, c’est autre chose. Ceux qui souffrent y pensent bien, mais les gens heureux l’oublient trop souvent. Il ne suffit pas d’être libre. Il ne suffit pas d’être l’égal des autres. Il faut encore aimer les autres. »

Quelle est belle la devise républicaine ! Les pages que Paul Bert lui consacre mériteraient, aujourd’hui encore, d’être apprises par les jeunes Français. La crise actuelle est une crise des valeurs. Le doute s’est installé en nous sur ce que nous sommes, ce qui nous unit, ce que nous pouvons construire ensemble. Sans la fraternité, nous rappelle Paul Bert, la liberté conduit au repli sur soi et à l’égoïsme.

La fraternité constitue le ciment de toute communauté humaine, aujourd’hui nationale, demain peut-être universelle. Elle permet l’organisation d’un espace de vie commun ; elle reconnaît, préserve l’identité de chaque homme : « Tu es mon frère, différent de moi, mais ayant les mêmes droits et les mêmes devoirs que moi ». Les croyants ajoutent : « créé comme moi à l’image de Dieu ».

Les rapports entre le pouvoir politique et les pouvoirs religieux ont changé depuis la IIIe République, mais la séparation des pouvoirs politiques et religieux est plus que jamais nécessaire. Nous devons, nous Républicains d’aujourd’hui, identifier les forces antagonistes qui brouillent les relations entre les cultures, nous interroger non sur l’essence des religions, mais sur leur apport, non sur leurs dogmes, mais sur les valeurs éthiques. Nous devons dénoncer les croyances qui maintiennent les hommes prisonniers des peurs, de la superstition et des tabous sans les conduire à la liberté intérieure.

 

En janvier 1883, Rome a condamné le manuel d’instruction civique de Paul Bert. Pour des raisons plus politiques que morales, liées à la lutte qui opposait alors l’Eglise à l’Etat républicain. Le décret du Vatican évoque un Paul Bert « violent et tapageur, le premier de la bande ».

Le premier de la bande, c’est Jules Ferry qui va le défendre, Jules Ferry à la fois son compagnon d’armes et son adversaire, celui qui s’est approprié sa réforme ! A la tribune du Sénat, il répond au duc de Broglie : « On met des livres à l’index non parce qu’ils attaquent la religion, mais parce qu’ils attaquent l’Ancien régime ». Jules Ferry a besoin des voix de l’Union républicaine : « Nous avons promis la neutralité religieuse, nous n’avons pas promis la neutralité philosophique, pas plus que la neutralité politique ».

Dans la lettre qu’il adresse le 17 novembre 1883 aux instituteurs, il leur recommande de ne pas sacraliser les manuels, de ne pas les considérer comme « une sorte de catéchisme nouveau ».

Paul Bert modifiera son manuel – mais plus tard - quand le succès en sera assuré. Il apportera, dans la onzième édition, quelques modifications de détail.  Plusieurs vignettes vont ainsi disparaître : celle des pauvres recevant à la porte du couvent « juste de quoi ne pas mourir de faim », celle des paysans mangeant « des herbes crues et toutes sortes de bêtes ». Quel dommage ! Elles donnaient à l’ouvrage sa saveur d’époque.

Paul Bert ajoutera une leçon expliquant les raisons pour lesquelles les Français votent de plus en plus pour le gouvernement républicain,  « le plus juste, le plus sage, le plus pacifique et le plus économe de tous ». A son habitude, il empile les adjectifs. Il ne sait pas s’arrêter.

« Pas de haine entre Français ! Gardez-la pour l’ennemi ! » Le manuel continue de s’ouvrir sur le service militaire et l’impôt  nécessaire pour entretenir l’armée. C’est l’époque des batillons scolaires qui défilent à Paris pour la première fois le 14 juillet 1882, en vareuse et costume bleu sombre, coiffés d’un béret de même couleur à pompon rouge, tambours et clairons en tête, fusils de bois en bandoulière. La loi de mars 1882 sur l’enseignement primaire prévoit, parmi les matières obligatoires, pour les garçons « les exercices militaires » et pour les filles « les travaux à l’aiguille »...

 

Thursday 20 March 2008

Le romantisme avait son charme

C’est l’acte II de la présidence Sarkozy : du moins, tous les commentateurs à l’envi définissent ainsi la donne politique qui débuterait cette semaine.
 
J’ai aimé le romantisme de l’acte I, l’allure générale hors des chemins habituels. Nous avons élu l’an dernier un président combattif, sans cesse sur le terrain, un homme de caractère, une vraie personnalité. Je souhaite qu’il ne se modère pas trop.
 
Je vois bien qu’une période plus classique commence, plus conforme à l’idée que les Français se font du Président de la République. On nous annonce un Président en retrait, un Gouvernement davantage à l’écoute de sa majorité parlementaire et même une « coproduction législative ».
 
Je mets en garde contre cette évolution. On invoque le précédent du Parlement européen, mais qui donne le plus souvent le témoignage de l’impuissance. Le président du Groupe UMP à l’Assemblée, Jean-François Copé, demande que le Gouvernement ne fasse rien « sans l’accord préalable de sa majorité ». Je crains, dans ces conditions, qu’il ne fasse plus rien du tout. Pourra-t-il modifier la carte hospitalière, moderniser les services publics, conduire les reconversions économiques, dans l’accord de députés qui penseront d’abord et surtout à maintenir les avantages de leurs circonscriptions ? Et croit-on que la révision des institutions renforçant le Parlement au détriment des pouvoirs du Président, réponde aux nécessités du moment ?
 
Quand le vent forcit, on réduit la voilure mais, à bord, un seul homme commande. Le bénéfice de la Ve République réside dans les pouvoirs que la Constitution reconnait au Président de la République. Si Nicolas Sarkozy veut poursuivre sa politique de réformes – et il le faut –, qu’il n’abandonne pas les prérogatives dont il dispose et qu’il gouverne.
 
La menace pour le pays, c’est plus le retour demain au régime des partis et l’impuissance parlementaire qui a toujours été synonyme en France d’impuissance de l’Etat.